lundi 17 juin 2013

Journal 2013




5 avril 2013

Le ministre chargé de la répression de la fraude fiscale – enfin, je crois, les attributions des ministres sont floues – était un fraudeur. Il avait un compte en Suisse – ou des comptes – qu’il a ensuite été transféré à Singapour. Comme par hasard, peu après les aveux de cet hypocrite – le mot est faible : comment pouvait-il vivre avec lui-même ? Schizophrène serait sans doute plus proche de la réalité ; personnalités multiples – on a soudain découvert des enquêtes sur les paradis fiscaux, comme pour l’absoudre.

Qui pourrait reprocher à l’ours de se goinfrer de miel quand il trouve un essaim ou au tamanoir de se faire une ventrée de fourmis quand il tombe sur une fourmilière ? La chair est faible.

Et le problème se déplace. Les vrais coupables sont les paradis fiscaux et on va lutter contre eux. On va voir ce qu’on va voir ! On va « moraliser » tout ça !

Poudre aux yeux ! Que deviendraient la finance, le capitalisme, sans les paradis fiscaux et la fraude fiscale, qu’on appelle désormais « évasion » fiscale, empruntant le terme à l’américain parce qu’il est un peu ce que le non-voyant est à l’aveugle. Miroir aux alouettes.

On ne peut pas « lutter » contre les paradis fiscaux, encore moins les éradiquer. Ils sont un élément indispensable du système et, j’oserai dire, une des expressions fondamentales de la nature humaine.

On ne « lutte » pas contre la nature. On ne fera pas disparaître les paradis fiscaux. Ce n’est l’intérêt de personne.

Sans doute l’ancien ministre aura-t-il perdu son poste, son prestige, son honneur. Mais il s’en fiche. Je doute qu’il soit possible de saisir son matelas planqué à Singapour. Et la justice, ici, est si lente et si clémente avec les puissants – le parquet demande un non-lieu pour l’ancien président dans l’affaire Bettencourt – qu’il n’a pas de souci à se faire. Un de ses amis le dit « dévasté », et la journaliste qui l’interviewait  semblait s’inquiéter d’un possible suicide.

Je peux rassurer tout le monde. Ce type est un prédateur. Il ne se suicidera pas.

Les journalistes se demandent maintenant – ou feignent de se demander – qui savait et quand. Ils connaissaient les obsessions sexuelles pitoyables de DSK, de même que les « amis » politiques de ce dernier. Les langues ne se sont déliées qu’après le scandale du Sofitel. Il me semble peu probable que les journalistes et les « amis » politiques de l’ancien ministre n’aient pas vu quel genre d’homme c’était. Tout le monde savait sans doute que ce ministre n’était pas net. Faire fortune grâce à une clinique de réimplantation de cheveux n’a pas grand-chose de moral. C’est l’exploitation de la vanité, ou de l’idiotie. Cet homme était visiblement un affairiste.  Un voyou.

Il est impossible de le prouver, mais tout le monde savait probablement, depuis de nombreuses années, que ce type n’était pas fiable. Mais il était utile, je suppose, pour conquérir le pouvoir.

Il y a, dans notre pays, comme une collusion entre les politiciens – on m’a, autrefois, interdit d’employer ce terme dans des traductions – et les journalistes. Tous ces gens font partie du même milieu et défendent les mêmes intérêts – même l’extrême gauche et l’extrême droite – : leurs intérêts.

Rien ne pourra être prouvé. Tout le monde, tout d’un coup, a peur que le peuple – comme ils disent, et ce n’est pas innocent ; je préfère la population – considère que tous les politiciens sont pourris. Les sous-entendus sont le boulangisme, le fascisme, le nazisme,  comme si la population était stupide. Elle sait très bien, cette population, depuis la nuit des temps, que la pourriture – la lutte pour le pouvoir – est la nature de la politique. Et fait partie de la nature humaine. Enfin, de la nature de certains êtres humains.

Le problème n’est pas la moralisation de la politique ou de la finance, c’est l’impossibilité de mettre en place des contre-pouvoirs.

8 avril 2013
Depuis des semaines, les opposants au mariage gay organisent des manifestations – la dernière a dégénéré – et, depuis quelque temps, se livrent à des opérations plus ou moins commando devant le siège d’une chaîne de télévision, le Sénat, le domicile d’une ministre.
Je me demande : que veulent ces fous furieux ? Pourquoi veulent-ils priver autrui d’un droit qui ne les concerne pas et qu’ils n’auront jamais l’occasion d’exercer ? Leurs arguments, si j’ai bien compris, reposent sur la nature – un homme une femme, des têtes blondes – et sur la famille.
L’homosexualité existe depuis la nuit des temps et il me semble que toutes les sociétés l’ont gérée, à leur façon. Quant à la famille hétérosexuelle avec têtes blondes c’est, selon mon expérience – et pas seulement, les cas d’enfants maltraités ou tués sont nombreux  – une zone de non-droit où les passions, les obsessions, l’injustice, peuvent s’exercer en toute impunité. Rien à voir avec l’image idéale de l’idéologie dominante. Je suppose cependant qu’il y a de « bonnes » familles et j’imagine qu’il y a – ou aura – de « mauvaises » familles homosexuelles.
Mais je ne vois toujours pas de quoi cette loi pourrait priver ceux qui s’opposent à elle, ni ce qui justifie toute cette haine.
Sauf, peut-être, la joie de se sentir parfait et d’exercer un pouvoir. Mais combien de gouines et de pédés parmi eux ? Combien de pères et de mères incestueux dans le secret des appartements ou des pavillons ?  Combien d’enfants maltraités ?
Ces manifestants sont, après tout, des êtres humains ordinaires, pas plus parfaits que vous et moi.
Le mariage gay est, à mon sens, un prétexte. Réaction, populisme, droite. Il serait sûrement instructif de découvrir quelles organisations financent ce mouvement.
Mais la question fondamentale reste : pourquoi priver autrui d’un droit alors qu’on n’est soi-même pas concerné ?

27 avril 2013
A Game of Thrones. Au fond, cette heroic fantasy est une bonne métaphore ou parabole. La SF aussi. Et les histoires d’animaux. On ne peut plus rien dire sur notre monde. Tout est verrouillé. La stupidité, la cruauté, un égoïsme monstrueux règnent en maîtres. Il n’y a pas beaucoup de différence entre les seigneurs du moyen-âge et les milliardaires d’aujourd’hui qui, avec leurs armées de comptables, avocats, traders et autres esclaves, se font la guerre, trichent et deviennent de plus en plus riche alors que les gens ordinaires s’appauvrissent. J’ai toujours pensé que le tiers-monde était l’Eldorado du capitalisme. Comme l’asservissement et la misère de l’immense majorité étaient les fondements de la société féodale. Aujourd’hui, les fiefs sont mondialisés. L’argent et les investissements peuvent circuler librement, mais pas les gens. Et, comme autrefois, les riches contrôlent tout.
C’est une bonne parabole, une bonne façon de parler de notre monde, qui ne cesse de régresser vers la sauvagerie. Mais la sauvagerie a peut-être toujours été la règle et la « civilisation » n’a peut-être toujours été qu’une illusion.

17 juin 2013


Lu A simple Act of Violence de R. J. Ellory. À Washington, un meurtrier en série a tué quatre femmes. Il apparaît que l’identité des victimes est fausse. Le détective chargé de l’enquête, Miller, homme intelligent, dépressif, plombé par une mise en cause récente dans la mort d’un maquereau, finit par s’apercevoir qu’il est manipulé par le coupable probable des meurtres. Progressivement, se dévoile une conspiration monstrueuse de la CIA qui, depuis l’affaire bien connue de l’aide apporté par les États-Unis aux contras du Nicaragua, n’aurait jamais cessé de se financer grâce au trafic de cocaïne.

Le récit met en parallèle l’enquête de Miller et un récit à la première personne où l’homme qui conduit le détective sur la piste du véritable motif des meurtres relate son entrée à la CIA, ses activités de tueur au service de son pays et l’histoire d’amour qui l’a lié, pendant de nombreuses années, à la dernière victime. Au fil de l’histoire, on en vient à conclure que ces deux personnages sont les deux faces d’une même pièce. Ce sont des hommes tristes, solitaires, sans illusions sur la nature humaine mais animés par un fort désir de justice.

Cependant on ne peut éviter de voir, dans cet ouvrage, une illustration de la théorie du complot : un petit groupe de personnes convaincues de détenir la vérité gouvernerait le monde et ne reculerait devant rien pour conserver son pouvoir et parvenir à ses fins. À mon avis, la réalité est beaucoup plus absurde : les jeux de pouvoir entre les institutions et les personnes provoquent des réactions en chaîne aboutissant aux horreurs rapportées quotidiennement pas les médias. Ellory voudrait que ces dernières aient un sens. Elles n’en ont pas.

19 juin 2013
Les populations et les entreprises, notamment multinationales, ne sont pas égaux sur le plan juridique. Les capitaux et les bénéfices circulent librement sur toute la planète tandis que les personnes demeurent prisonnières des frontières des états-nations, donc de gouvernements sans réel pouvoir sur ce qui est devenu l’essentiel : l’économie. Même démocratiquement élus, ces gouvernements ne pèsent pas lourd face à la puissance de sociétés multinationales dont le fonctionnement n’a rien de démocratique.

16 octobre 2013
Au dos de mon paquet de cigarettes, à côté d’une photo d’une jeune femme (blonde) derrière une poussette vide : Fumer peut (en blanc) nuire aux spermatozoïdes (en rouge) et (en blanc) réduit la fertilité (en rouge).


Pour que l’énoncé soit cohérent, on devrait avoir soit :

1. Fumer peut nuire aux spermatozoïdes et réduire la fertilité.

2. Fumer nuit aux spermatozoïdes et réduit la fertilité.

Tel qu’il est, cet énoncé est contradictoire. Si fumer peut nuire aux spermatozoïdes (nuire aux spermatozoïdes semble une idée un peu ridicule) il est aussi possible que ça ne leur nuise pas. De ce fait, dans le cas où ça ne leur nuirait pas, ça ne pourrait pas réduire la fertilité. Donc, il est possible, si on s’en tient à la première partie de la proposition, que fumer ne réduise pas la fertilité. Pourtant, c’est ce qu’affirme la deuxième partie de la proposition.

Mais la photo représente une femme avec une poussette vide. Fumer serait-il sans effet sur les ovaires ? Après tout, c’est une femme derrière cette poussette.

Fumer peut nuire aux ovaires et réduit la fertilité. Le tabac serait-il sans effet sur les ovaires ?

La pauvreté, l’inconsistance – pour ne pas dire l’incohérence – de cette propagande, me rappelle une publicité pour une Audi qui avait le plus faible coefficient de pénétration dans l’air. Si mes souvenirs sont bons.

 
 4 novembre 2013
Dans une série américaine, un chef d’entreprise souscrivait des assurances-vie sur la tête de ses employés, qu’il faisait ensuite tuer quand il devait boucher des trous dans sa comptabilité (Les experts, Miami). Ça me semble ridicule. Si un patron – ou qui que ce soit – voulait me faire signer un contrat d’assurance-vie dont il serait le bénéficiaire – et dont il paierait les primes – je m’inquiéterais.
L’intention est sans doute la mise en cause du cynisme capitaliste, mais la mise en œuvre est plutôt tirée par les cheveux, et probablement pas par hasard.
Ça ne tient pas la route. Les capitalistes sont cyniques, mais pas stupides. Leurs véritables ravages sont tout autres : exploitation, chômage, misère. Évidemment, ça ne peut pas apparaître dans une série américaine. Alors on invente des complots invraisemblables.
Ainsi, les producteurs, tout en étant des capitalistes surfant sur le côté glamour de Miami – les femmes en bikini, les fêtes –se donnent bonne conscience. Mais ça ne marche pas.
Ça signifierait que n’importe qui pourrait prendre une assurance-vie sur ma tête, puis me tuer pour toucher la prime. Ou, alors, les employés, au moment de leur embauche, sont-ils tellement désespérés qu’ils acceptent, au travers de cette assurance-vie, de remettre leur vie entre les mains de leur patron ? Ça me semble ridicule. Face à une telle proposition, je me sentirais aussitôt menacé et cette intrigue – si ce mot n’est pas lui faire trop d’honneur – vise à cacher l’essentiel.
L’idéal du capitalisme, c’est le tiers-monde : quelques personnes immensément riches, une classe moyenne réduite au strict minimum et corrompue, une main d’œuvre misérable et sans droits, la libre circulation de l’argent, mais pas celles des êtres humains.
L’argent ne connaît pas les frontières, mais les gens si. On expulse – expulsare : pousser dehors – des gamins et des gamines, mais les milliards de dollars – et les gens qui les possèdent – se promènent tranquillement.
Tel est le credo du capitalisme triomphant : les riches ont tous les droits, les asservis en ont quelques-uns et les autres n’en ont aucun.
Cet épisode des experts diabolise une personne – un capitaliste – d’une façon totalement invraisemblable et, de ce fait, dédouane le bataillon, l’armée, des exploiteurs. 

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